On manquait néanmoins, jusqu’à présent, d’une représentation d’ensemble de cet univers des castrats à travers musique, texte et image. Afin d’illustrer, autant que faire se peut, un tel phénomène historique et culturel dans sa globalité, Naples et son patrimoine musical d’une incommensurable richesse ont servi de modèle. Grâce à sa position historique, démographique et culturelle, cette ville connut vers la fin du XVIIe siècle un développement qui allait faire d’elle l’épicentre du monde musical occidental, véritable capitale musicale de l’Europe dont l’influence se ressentit jusque très avant dans le XVIIIe siècle.
La figure centrale est en l’occurrence le compositeur, professeur de chant et imprésario napolitain Nicola Porpora (1686–1768), auréolé de sa renommée de “créateur de voix” le plus significatif du XVIIIe siècle — George Sand, devait le qualifier de “premier maître de chant de l’univers”. Cette renommée, c’est à travers ses élèves que Porpora l’acquit : Farinelli, Caffarelli, Salimbeni, Appiani et Porporino, illustre et quintuple constellation réunissant les castrats les plus célèbres de tous les temps. En plus de quoi Porpora fut, entre autres, professeur du grand librettiste d’opéras Pietro Metastasio ainsi que, dans une certaine mesure, des compositeurs Johann Adolf Hasse et Joseph Haydn.
C’est en puisant dans le répertoire, riche de plusieurs centaines d’oeuvres (opéras, cantates, musique sacrée), destiné aux disciples de la Scuola dei castrati (école des castrats) de Porpora, que le présent et représentatif florilège d’airs a été élaboré. D’une virtuosité stupéfiante, témoignant d’un goût prononcé pour les sections chantées piano, rehaussés de mélismes largement déployés, d’immenses traits de type coloratura, de phrases coulées dans une même respiration imposant une longueur de souffle redoutable pour les poumons, couvrant une tessiture allant du contralto jusqu’au soprano en passant par le mezzo-soprano, ces airs font partie des oeuvres les plus exigeantes jamais composées pour la voix humaine. Puissent ces pages, par leur diversité même et l’inépuisable palette d’affects baroques dont elles témoignent, constituer les coulisses sonores devant lesquelles cette époque disparue pourra revivre, pour le plaisir de nos sens, dans toute sa magnificence et son opulence.
(Ce texte est extrait de l’Edition limitée Deluxe – avec livret à la couverture rigide - qui comprend un abécédaire de l’histoire des castrats illustré de 108 pages, tous les textes des chansons et leurs traductions ainsi qu’un CD bonus de 3 titres dans lequel on retrouve les arias de castrats les plus célèbres.)
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